L’effrayante corrélation entre temps de parole et résultats aux élections (1)

Vous aimerez peut-être aussi…

13 réponses

  1. Alain dit :

    Merci beaucoup pour cet article très intéressant et bien étayé.

    Certes la corrélation est évidente. Mais une corrélation ne signifie pas bien sûr un lien de cause à effet. D´ailleurs le CSA se défend lui-même en disant se baser sur les résultats des élections précédentes. Donc c´est plutôt un système auto-entretenu qui ficèle les élections. L´équation a donc plutôt la forme :
    (suffrage de l´élection N) = A * (suffrage de l´élection N-1) ^ B.
    On pourrait éventuellement ajouter d´autres termes : + A´ * (suffrage de l´élection N-2) ^ B´ etc.
    Les gagnants d´hier seront donc bien ceux de demain…

    A mon sens on peut avoir une conception générale et penser qu´il existe un vrai « système » de lois officielles ou non visant à contrôler les résultats des élections. Le temps de passage dans les médias en est un important rouage, mais il y en a d´autres :

    1- d´ailleurs le temps de passage dans les médias avant la (courte) campagne officielle n´est pas contrôlé officiellement mais bien contrôlé officieusement (pour reprendre l´exemple de l´UPR: ce parti n´a pas eu non plus de temps de parole dans cette période);

    2- le remboursement des élections à partir des 3%. Rien ne justifie cette barrière qui sanctionne les petits partis. Beaucoup plus clair et juste est un remboursement au prorata des suffrages obtenus dès le premier;

    3- la barrière des 5% dans les élections à la proportionnelle;

    4- la non-proportionnalité pour les élections du parlement francais avec en plus un scrutin à deux tours;

    5- et bien sûr le vrai premier tour de l´élection présidentielle : la barrière des 500 signatures.

    « L´ensemble est plus que les parties » : tous ces éléments (… et d´autres) forment un tout (souvent appelé « le système ») qui préserve le consensus déjà établi.

    • admin admin dit :

      Bonjour Alain,

      Merci pour votre réaction.

      Oui, tout-à-fait : corrélation n’implique pas causation, et je suis tout-à-fait d’accord avec sur le fait que les mécanismes que vous listez sont aussi à l’œuvre. Le fait est que le temps de parole dans les médias est un excellent prédicteur du score des partis politiques.

      Si corrélation n’implique pas nécessairement causation, il est cependant fort à parier qu’il y a tout-de-même un fort effet causal allant dans le sens temps de parole –> nombre de suffrages. Le FN, par exemple, n’a commencé à monter qu’à partir du moment où il a été médiatisé en 1984. Un autre indice : les partis très jeunes et équivalents que j’ai mentionnés (UPR, Nouvelle Donne et Nous Citoyens), donc avec peu d’antécédents, confirment ce lien de causation.

      Les médias de masse permettent de faire connaitre massivement les candidats, et donc de produire potentiellement des votes de manière massives. De la même manière, les entreprises savent que la publicité marche. Une fois le mécanisme enclenché, d’autres mécanismes peuvent être à l’œuvre, puisque le parti (ou produit) est connu (les gens discutent entre eux, se documentent, se forgent une opinion, etc.). Ce sont aussi en particulier des mécanismes itératifs que vous mentionnez (qui sont à l’œuvre indépendamment des médias aussi, mais qui, je pense passent beaucoup par les médias). Le NPA en est peut-être un exemple, avec un score médiocre n’étant pas expliqué par son temps de parole.

      Le temps de parole est effectivement accordé par des mécanismes obscurs, très certainement en partie par des agendas politiques, mais aussi par des mécanismes sociologiques (cf Bourdieu).

      Comme vous dites, l’ensemble de ces règles et mécanismes, ce «système» dynamique est stable, et certainement conçu comme tel. C’est en ce sens qu’il est anti-démocratique. Un système réellement démocratique devrait être instable, incluant des boucles de rétro-action positives pour les partis dits petits, afin d’offrir une pluralité politique à la population et un roulement reflétant les variations des aspirations du peuple. Le problème est que le reste du monde, la situation économique, la société, le ressenti de la population, etc. constitue un système instable. Et qu’est-ce qui se passe au bout d’un moment lorsqu’on force une société instable dans un système politique figé, surtout en temps de crise ?… Il se passe des choses pas très sympas…

      Dans un billet suivant, je tenterai d’analyser les déviations des scores à cette courbe de régression.

      Merci encore pour votre intéressant commentaire !

      N’hésitez pas à «Aimer» la page Facebook pour être informé des publications ! 😉 – avoir un ensemble de lecteurs réguliers, surtout au début, m’incitera à continuer à entretenir le blogue ! http://www.facebook.com/BlogueNotreEpoque

    • Jojo la sardine dit :

      Et le passage du FN d’une moyenne de 0,13% au niveau national sur 10 ans, à un score de 10,95% 3 mois après le passage dans l’émission l’heure de vérité, c’est un système auto-entretenu ? …

      C’est comme au supermarché, les gens choisissent parmi ce qu’on leur propose.

    • admin admin dit :

      Bonjour Jojo,

      Merci pour votre message. Effectivement, la genèse des partis indique que c’est bien la médiatisation qui cause les votes plutôt que l’inverse. Vous pouvez vous référer au 3e article de la série pour plus de détails sur les mécanismes :
      http://notre-epoque.fr/2014/09/leffrayante-correlation-entre-temps-de-parole-et-resultats-des-elections-3-les-mecanismes/

  2. Alain dit :

    Merci de votre réponse qui m´a emmené à essayer d´approfondir le sujet.
    J´ai passé quelque temps à rechercher sur Internet des études sur la corrélation entre temps de parole et votes. En langue francaise, toutes les informations que j´ai pu trouvées se réfèrent aux deux sources suivantes (outre votre site et celui de l´UPR):
    1- un travail académique sur le référendum de 1962 :
    http://www.histoiredesmedias.com/Les-medias-font-ils-l-election.html
    – in extenso: http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rfsp_0035-2950_1963_num_13_2_392716
    2- une corrélation toute simple sur les présidentielles de 2012 : http://www.lesobservateurs.ch/2013/07/12/le-facteur-mediatique/

    Les résultats de ces deux études sont contradictoires (pas de corrélation pour la première, très forte pour la seconde). Mais mon principal constat est le suivant : comment se fait-il qu´une question aussi simple et facile à vérifier n´est pas été traitée de long en large et qu´une abondante litérature ne soit pas disponible ? C´est vraiment une surprise.

    Mais heureusement il existe une une étude en langue anglaise tout à fait appropriée : « The Handbook of Election News Coverage Around the World“
    Elle est disponible en grande partie sur Google/books: http://www.books.google.de/books?isbn=1135703450
    A la page 100 et suivantes il y a une étude sur les présidentielles francaises. On y note une corrélation de 0,82 en 2002 (cf. le score surprise de JM Lepen) et de de 0,97 en 2007.
    Trés intéressante est l´explication donnée à la « mauvaise » corrélation de 2002 avec l´importance du « bruit de fond » (thème de l´insécurité).

    Il y a malgré tout peut-être un contre-exemple : le référendum de 2005 où les résultats n´ont pas suivi la parole dominante du monde politico-médiatique. Egelement en 1992 le résultat très juste fut une surprise et ne correspondait pas à la disproportion médiatique.

    J´ai également noté un article notifiant une corrélation de 0,97 dans un caucus du Iowa (cette fois-ci en prenant en compte toutes les mentions faites au sujet des candidats): http://www.mediaite.com/online/number-of-television-and-radio-mentions-correctly-predicted-the-iowa-caucus-finish/

    En conclusion, la corrélation est effectivement effrayante et pourtant (justement?) peu étudiée. L´étude américaine montre que le CSA n´y est pour rien et qu´effectivement qu´il s´agit du lien de causalité que vous décrivez.

    • admin admin dit :

      Merci beaucoup, Alain, pour ces références très intéressantes. Il me faudra un peu de temps pour lire tout ça. Je tâcherai de les inclure dans une analyse ultérieure.

      Ne n’ai malheureusement accès au «Handbook» que jusqu’à la page 100 !

      Je ne suis pas étonné que le lien couverture–suffrages soit beaucoup moins fort pour les référendums. Les mécanismes psychologiques sont différents. Voter pour un candidat s’apparente un peu à acheter un produit (on voit concrètement ce qu’on achètera pendant la publicité), alors que pour le référendum, le vote repose sur une question abstraite.

  3. Alain dit :

    C´est très étonnant que vous n´ayez pas accès au « Handbook » pour les pages supérieures à 100. J´y ai accès sans problème. Comme je suis en Allemagne, je me demande si cette différence est liée à nos localisations respectives.

  4. Seb dit :

    Bonjour et merci pour cet article excellent que j’ai relayé à mes contacts 😉
    Effectivement, le plus effrayant est l’omerta totale à propos du traitement même de ce sujet. C’est un indice néanmoins de son importance. Les medias ne vont tout de même pas mettre en avant des faits qui accusent leurs propres manquements.
    Sinon à propos de l’UPR et de son traitement médiatique : http://youtu.be/E5FesD-Xtzg
    Bonne chance pour votre blog.

    • admin admin dit :

      Bonjour Seb,
      Merci pour votre commentaire et d’avoir relayé l’article. Il faudrait effectivement que des gens (le CSA ?) tapent du point sur la table…

  5. Patrique dit :

    Il me semble logique que la corrélation soit beaucoup plus faible pour un référendum que pour une élection classique.
    En effet dans un référendum on vote pour ou contre une seule proposition et pas pour un homme ou un parti.
    D’ autre part en 2005, il y a eu, au grand dam des journalistes une énorme campagne électorale avec des dizaines de milliers de réunions électorales avec pour seul thème « qu’ y a-t-il dans ce traité ». Ce qui explique que malgré la propagande des journalistes (notamment Ockrent) pour le oui il y a eu une montée progressive du non au fur et à mesure des réunions électorales et de la connaissance du texte par les français. De manière générale les nonistes avaient lu une partie du texte, les ouiouistes ont voté « oui à l’ Europe » sans avoir lu le traité.
    Enfin, il y a 50 ans, les électorats étaient très attachés à leurs partis préférés. Aujourd’hui l’ électorat est beaucoup plus volatil, individualiste, donc influençable.

  6. Clément dit :

    Bonjour :)
    Article intéressant car précis se fondant sur des données.
    Je pense cependant qu’il ne peut être complet si on s’arrête à ce constat. Une vraie valeur ajoutée serait de préciser à qui appartiennent ces médias (pour la faire courte, les banques…) et en quoi les « élus » (selon cet article choisis par les médias , donc banquier, pour nous) rendent des comptes à ceux qui les ont faits élire.
    Merci pour ce blog,
    Clément.

  7. Louis dit :

    Bonjour,

    Excellent article,

    Pourriez-vous citer plus précisément vos sources pour le calcul des temps de parole; s’il vous plaît ? Je souhaiterais pouvoir parler de votre étude, et j’aimerais être sûr qu’elle est proprement référencée.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *