« Je suis Charlie » : un slogan problématique, voire dangereux

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12 réponses

  1. Claire dit :

    Merci pour cet article très juste!

  2. Julien dit :

    Un article qui ressemble plus à de la branlette intellectuelle qu’à autre chose selon moi.

    Au final, en écrivant « Je suis Charlie » sur son profil on peut exprimer 1000 messages, 1000 émotions, 1000 coups de gueules différents, peu importe ! J’ai écris « Je suis Charlie » car j’ai grandi avec ce journal posé, tous les mercredi matins, sur la table familiale du petit déjeuner. Car en sixième je me planquais avec les copains dans la médiathèque pour lire les BD olé olé de Wolinski. Parce que quand mon papa me lisait des dessins de Cabu moi je lui parlais de Mano Solo et que c’était chouette. Parce qu’au lycée, Charlie Hebdo était un bon prétexte pour m’engueuler avec ma prof d’éco qui, sous argument variolé de neutralité, nous obligeait à lire Le Monde ou Alternatives Economiques tandis que chaque semaine je lui ramenais un papier de Charlie Hebdo afin de pouvoir lui dire que ses journaux avaient déjà été récupérés depuis longtemps par la gauche caviar et la droite Mc Do.

    Il y a quelques années j’ai arrêté de lire Charlie pour lire Siné, parce que je n’aimais pas Val et aussi parce que la plupart des gens qui écrivaient dans Charlie Hebdo que j’appréciais, étaient partis chez Siné. Pourtant j’aimais bien aussi les dessinateurs qui sont morts, leur message, leur humour un peu lourdingue mais souvent juste, le « vas-y, ça va les faire chier » qu’on pouvait imaginer entendre de la part de l’auteur quand un dessin faisait débat à parution. J’ai écris « Je suis Charlie » car ça m’a tué (sens figuré) d’apprendre que ces mecs sont morts parce que quelques malades n’ont aucune autodérision et qu’ils vénèrent un dieu qui a probablement plus le sens de l’humour qu’eux. J’ai écris Charlie car ça m’a bouleversé, tout comme ça me bouleverse d’entendre la mort de n’importe quel innocent dont (je le regrette) je ne me rappellerai pas le nom. Ça m’a retourné parce qu’entre mes souvenirs d’enfance et mon dégoût du monde actuel, j’ai eu l’impression qu’on avait buté des copains.

    Et il y a encore 1 milliard de raisons pour lesquelles j’ai écris « Je suis Charlie ». On n’a pas tous les mêmes raisons. Ma voisine l’a peut-être juste écris parce qu’elle est choquée, parce qu’elle ne cautionne pas le meurtre, parce qu’elle croit en la liberté d’expression, parce qu’elle se sent solidaire, parce qu’elle se sent triste, parce que pour une fois elle va pouvoir trouver un écho dans sa rage de ne plus comprendre ce qui se passe sur cette planète, parce qu’elle aurait bien aimé s’appeler Charlie, parce qu’elle trouve ce nom sexy, parce qu’elle est trop moche pour mettre sa vraie photo en profil… je m’en fout ! Chacun exprime ce qu’il désire, de la manière dont il le souhaite. Mais je n’ai pas envie qu’un pseudo-philosophe à la mort-moi-le-nœud vienne me dire ce que j’ai voulu exprimer. Si vous voulez savoir pourquoi quelqu’un a écris « Je suis Charlie », demandez-lui plutôt que de laisser un représentant de mes deux parler en son nom dans un beau petit exposé en trois parties.

    Ce n’est pas parce qu’on se branle sur un blog qu’on devient journaliste. Sans prise de recul internet n’est que le mouchoir d’une masturbation cérébrale perverse et dégueulasse (oui, la fin est un tantinet exagérée mais en même temps, je suis moi-même à cours de PQ).

    • Laetitia dit :

      Bonjour Julien,

      Je pense que tu illustres parfaitement le fonctionnement du terrorisme.
      Parce que tu as grandi avec Charlie Hebdo et que tes parents t’ont transmis leurs idées, tu les défends.
      Et si tu avais grandi en baignant dans un islam radical ? Tu aurais très bien pu être de ceux qui tuent.
      Je pense que seule la réflexion intellectuelle, même si elle semble laborieuse, peut nous permettre de sortir de nos conditionnements. Elle permet d’éviter des comportements uniquement de « réaction » liés à nos émotions et à nos tripes, et nous permet d’ouvrir les yeux sur toute la manipulation qui en découle. Elle nous permet de regarder les causes réelles et non celles qui sont pointées du doigt par les médias et les hommes politiques.

  3. Laetitia dit :

    Merci pour votre réflexion à laquelle je m’accorde complètement.
    On ne peut élaborer son jugement qu’à condition d’avoir pris du recul face à sa propre émotion et au discours ambiant. Ce doit être pour cela que ce genre de réflexion « politiquement incorrecte » est si pénible à entendre et accepter pour beaucoup.
    J’espère malgré tout, pour notre bien à tous, que ce message sera entendu et que le risque de manipulations perverses qui peuvent émerger de tout ça seront vues.

    Bonne continuation et bon courage.

  4. Julien dit :

    Bonjour Laëtitia.

    Je suis d’accord avec toi sur la réflexion intellectuelle qu’il faut avoir, je parlais moi même d’ailleurs de prise de recul. Je trouvais simplement que cette analyse était bourrée d’amalgames et de faux jugements avec un titre beaucoup trop racoleur pour un article qui est aussi dangereux que ce qu’il prétend dénoncer.

    Pour ma part je voulais simplement raconter pourquoi j’avais écris « je suis Charlie », un jour sur mon mur et dire par la même occasion que les raisons pour lesquelles on le fait peuvent être très diverses et variées.

    Je ne défends pas aveuglement Charlie Hebdo, je ne l’ai jamais fait. Je ne cautionne simplement pas la pensée de cet auteur, ni son analyse probablement torchée en quelques minutes (une heure le temps de trouver les photos).

    • admin admin dit :

      Bonjour Julien,

      Merci pour vos commentaires.

      Si ce billet s’intéresse un peu aux motivations (peut-être inconscientes) de l’utilisation du slogan — qui peuvent être très variées, comme vous le soulignez —, c’est surtout sur sa signification qu’il s’attarde.

      En quoi considérez-vous que l’article est «dangereux» ?

  5. Moi Je dit :

    Je suis un mouton. Mon pere etait un mouton. Mon grand pere aussi. On est tous des moutons! Et puis de toute facon on a toujours fait comme ca alors pourquoi ces terroristes viennent nous faire chier maintenant? Si on se sortait un peu la tete du cul on y verrait plus clair. C’est pas les terroristes qui m’inquietent mais bien le peuple francais et ses ornieres mediatiques. Cocorico!

  6. Joachim Roncin dit :

    fabuleux, grâce à vous je ne comprends plus pourquoi j’ai fait ça…

  7. Morgane dit :

    Entièrement d’accord avec cette explication. Je me suis fait la réflexion deux-trois jours après le lancement de ce slogan qui effectivement veut tout et rien dire. Et si le « suis » était le verbe « suivre » ? …………….

  8. Laura dit :

    Entièrement d’accord moi aussi.

    Et je rajouterai…

    Qui est Charlie ? Un journal indépendant de la pub.
    Etes vous Charlie ?
    Suivez l’exemple… ZERO pub dans votre journal.

  9. Roger Richard dit :

    Bonsoir En ce qui me concerne j’ai trouvé pertinent ce texte et je suis relativement d’accord avec l’auteur. Je trouve égallement que ces meutres sont affreux et choquants. Je considère qu’il serait l’heure de se battre contre ce genre d’ atteintes contre la liberté d’expression. Je trouve également qu’il est nécessaire dans ce but de re-trouver et faire comprendre pourquoi Charlie c’est nous. C’est pourquoi j’ai monté le site http://facebook.com/le.daily.charlie/. L’idée du site est de prendre de vielles Unes de Charlie Hebdo et de les recontextualiser notamment historiquement, pour permettre même aux plus jeunes de comprendre l’esprit de Charlie.

    • Notre Époque Notre Époque dit :

      Bonjour Roger Richard,
      Si vous aviez lu l’article attentivement, vous auriez compris qu’il questionne justement – entre autres – l’idée selon laquelle «Charlie, c’est nous», que vous essayez de «faire comprendre» grâce à votre page Facebook. Les mesures qu’annoncent les politiques, prétendant à protéger les Français de l’obscurantisme et à combattre le terrorisme, ainsi que le battage médiatique visant à polariser l’opinion publique, sont pour moi la principale source d’inquiétude. Encore une fois, les conséquences probables sont une fascisation de la société et la mise en œuvre de politiques extérieures de plus en plus guerrières, générant un cercle vicieux nous menant à plus de terrorisme encore.

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